1 Introduction
MITRE ATT&CK (Adversarial Tactics, Techniques, and Common Knowledge) est une base de connaissances gratuite et publique qui décrit comment les attaquants se comportent réellement une fois qu'ils ciblent une organisation. Elle est maintenue par MITRE, un organisme américain à but non lucratif, et repose uniquement sur des comportements observés sur le terrain et documentés publiquement : rapports d'incident, recherches d'éditeurs, alertes gouvernementales.
Sa principale valeur est un vocabulaire commun. Au lieu d'écrire « l'attaquant a utilisé un document
Word piégé puis a récupéré des mots de passe », un analyste écrit T1566.001
et T1003.001. Une équipe CTI à Paris, un SOC à
Montréal et un éditeur de détection à Tokyo comprennent exactement la même chose, et peuvent comparer menaces, détections et
angles morts sans ambiguïté.
15
Tactiques dans la matrice Enterprise (v20, octobre 2026)
3
Domaines : Enterprise, Mobile et ICS
2 / an
Nouvelles versions, en général en avril et en octobre
À quoi sert ATT&CK ?
ATT&CK n'est pas une checklist, un modèle de maturité ni un référentiel de conformité. Il recense ce que les attaquants ont fait ; il ne vous dit pas quelles techniques comptent le plus pour votre organisation. Cette priorisation vient de votre propre renseignement sur la menace.
2 Concepts clés
ATT&CK est organisé en hiérarchie, de l'objectif de l'attaquant jusqu'aux commandes exactes qu'il a tapées. Savoir distinguer ces quatre niveaux est la compétence la plus importante pour utiliser le référentiel.
Du « pourquoi » au « comment exactement »
Tactique — le « pourquoi » (ex. TA0006 Credential Access)
L'objectif à court terme de l'attaquant à un instant donné : entrer, exécuter du code, rester, voler des identifiants, se déplacer, exfiltrer. Les tactiques sont les colonnes de la matrice.
Technique — le « comment » (ex. T1003 OS Credential Dumping)
Une manière générale d'atteindre une tactique. Une même technique peut servir plusieurs tactiques : T1078 Valid Accounts apparaît sous Initial Access, Persistence, Privilege Escalation et Stealth.
Sous-technique — un « comment » plus précis (ex. T1003.001 LSASS Memory)
Une variante précise d'une technique. Dumper la mémoire de LSASS, lire la base SAM ou faire un DCSync relèvent tous du vol d'identifiants, mais laissent des traces très différentes et demandent des détections différentes.
Procédure — la mise en œuvre concrète
Ce qu'un acteur ou un outil précis a réellement fait, par exemple « Mimikatz sekurlsa::logonpasswords lancé depuis un binaire renommé ». Les procédures n'ont pas d'identifiant propre : elles figurent dans les « Procedure Examples » de chaque page de technique.
Lire un identifiant
Chaque objet d'ATT&CK possède un identifiant stable dont le préfixe indique le type :
| Préfixe | Objet | Exemple |
|---|---|---|
| TA#### | Tactique | TA0001 Initial Access |
| T#### | Technique | T1566 Phishing |
| T####.### | Sous-technique (ID parent + 3 chiffres) | T1566.001 Spearphishing Attachment |
| G#### | Groupe (acteur malveillant) | G0016 APT29 |
| S#### | Logiciel (malware ou outil) | S0002 Mimikatz |
| C#### | Campagne | Un ensemble daté d'intrusions aux objectifs et modes opératoires communs |
| M#### | Mitigation | M1032 Multi-factor Authentication |
| DET#### / AN#### / DC#### | Stratégie de détection / analytique / composant de données | DET0236, stratégie de détection de Spearphishing Attachment |
Sur le site, le point d'une sous-technique devient une barre oblique dans l'URL :
https://attack.mitre.org/techniques/T1566/001/.
Les trois matrices
Enterprise
Windows, macOS, Linux, cloud (IaaS, SaaS, Office Suite, fournisseur d'identité), équipements réseau, conteneurs et ESXi. C'est la matrice qu'utilisent les équipes SOC et CTI dans 95 % des cas.
Mobile
Android et iOS : applications malveillantes, abus des permissions, logiciels espions. Ses tactiques ont leurs propres identifiants (Initial Access sur mobile est TA0027).
ICS
Systèmes de contrôle industriels : automates, IHM, systèmes de sûreté. Les techniques utilisent la plage T08xx et incluent des impacts comme la perte de contrôle ou la manipulation du procédé physique.
Les 15 tactiques Enterprise (v20)
Elles suivent à peu près le déroulé d'une intrusion, mais un attaquant n'a pas à passer par toutes les colonnes, ni dans cet ordre. Depuis la v19 (avril 2026), l'ancienne tactique Defense Evasion est scindée en deux : Stealth (se fondre dans le décor, qui conserve l'identifiant TA0005) et Defense Impairment (TA0112, neutraliser activement les outils de sécurité). Les rapports et outils plus anciens parlent encore de « Defense Evasion ».
TA0043
Reconnaissance
TA0042
Resource Development
TA0001
Initial Access
TA0002
Execution
TA0003
Persistence
TA0004
Privilege Escalation
TA0005
Stealth
TA0112
Defense Impairment
TA0006
Credential Access
TA0007
Discovery
TA0008
Lateral Movement
TA0009
Collection
TA0011
Command and Control
TA0010
Exfiltration
TA0040
Impact
3 Base de connaissances
La matrice n'est que la porte d'entrée. Derrière, ATT&CK relie les techniques aux acteurs qui les utilisent, aux logiciels qui les mettent en œuvre, et aux moyens de les atténuer et de les détecter. Le tout est publié au format STIX 2.1, que vos outils peuvent importer directement.
Groupes
Une page par acteur avec tous ses alias connus (chaque éditeur nomme le même groupe différemment : APT29, Cozy Bear, Midnight Blizzard… correspondent tous à G0016), les techniques qui lui sont attribuées avec leurs sources, et les logiciels qu'il utilise.
Logiciels
Répartis entre malwares (code sur mesure ou criminel) et outils (logiciels légitimes ou à double usage comme Mimikatz S0002, Cobalt Strike S0154, PsExec). Chacun liste les techniques qu'il implémente.
Campagnes
Une activité d'intrusion sur une période définie, avec des cibles et des objectifs communs, parfois reliée à un groupe. Utile quand l'attribution est incertaine mais que le comportement est bien documenté.
Mitigations
Mesures préventives associées aux techniques, par exemple M1017 User Training contre le phishing, M1032 MFA contre l'abus de comptes valides.
Détection : stratégies, analytiques et composants de données
Les anciennes versions d'ATT&CK donnaient pour chaque technique un paragraphe « Detection » en texte libre et une liste de « Data Sources ». Depuis la v18 (octobre 2025), la détection est modélisée en trois couches liées, visibles en bas de chaque page de technique :
Stratégie de détection (DET####)
L'approche globale pour détecter une technique, indépendamment de tout produit. Exemple : DET0236 pour Spearphishing Attachment.
Analytique (AN####)
La logique de détection propre à une plateforme (Windows, Linux, macOS…) : quels événements corréler et quels champs ajuster à votre environnement.
Composant de données (DC####)
La télémétrie nécessaire : « Process Creation », « Command Execution », « Network Traffic Flow », « File Creation »… Si vous ne la collectez pas, aucune règle ne se déclenchera jamais. C'est la première chose à vérifier dans une analyse d'écarts.
4 Mapper un rapport
« Mapper », c'est traduire un récit (une chronologie d'incident, un rapport CTI, un rapport de sandbox) en identifiants ATT&CK. La méthode ci-dessous suit l'approche recommandée par la CISA dans ses Best Practices for MITRE ATT&CK Mapping.
Repérer les comportements
Lisez le texte et surlignez chaque action de l'attaquant. Laissez les IOC de côté pour l'instant : une adresse IP n'est pas un comportement, « se connecte en HTTPS à son C2 » en est un.
Les comprendre
Si vous ne maîtrisez pas un comportement (qu'est-ce que rundll32 ? et LSASS ?), renseignez-vous avant de mapper. Mapper ce qu'on ne comprend pas produit de faux identifiants.
Identifier la tactique
Demandez-vous : « que cherchait à obtenir l'attaquant à cette étape ? ». La tactique réduit la liste des techniques candidates.
Choisir la (sous-)technique
Parcourez les techniques de cette tactique, lisez leurs descriptions et exemples de procédures. Descendez à la sous-technique uniquement si le texte est assez précis.
Garder la preuve
Pour chaque identifiant, notez la phrase ou la ligne de log qui le justifie. Quelqu'un doit pouvoir vérifier votre mapping plus tard.
Faire relire
Deux analystes qui mappent le même rapport sont rarement d'accord à 100 %. Comparez, discutez des écarts et retenez la version la mieux étayée.
Exemple commenté
Voici un extrait d'un rapport d'incident (fictif) sur un acteur à motivation financière :
La victime a reçu un e-mail se faisant passer pour un fournisseur, avec
une pièce jointe « Facture_4471.docm ». Après ouverture et clic sur
« Activer le contenu », une macro VBA a lancé PowerShell avec une commande
encodée en base64. Le script a téléchargé upd.dll depuis
https://cdn-update[.]example/s2/ et l'a exécutée avec rundll32.exe. La DLL
a créé la valeur de registre Run « OneDriveUpdate » pour redémarrer à
chaque ouverture de session, puis a communiqué en HTTPS.
Deux jours plus tard, l'opérateur a lancé Mimikatz pour dumper la mémoire
de LSASS, utilisé les identifiants admin du domaine volés pour se
connecter en RDP au serveur de fichiers, compressé le partage Finance avec
7-Zip et envoyé les archives vers un service de stockage cloud.
| Comportement (preuve) | Tactique | Technique |
|---|---|---|
| E-mail avec pièce jointe .docm piégée | Initial Access | T1566.001 Spearphishing Attachment |
| L'utilisateur ouvre le fichier et active le contenu | Execution | T1204.002 User Execution: Malicious File |
| Exécution de la macro VBA | Execution | T1059.005 Visual Basic |
| Lancement de PowerShell | Execution | T1059.001 PowerShell |
| Ligne de commande encodée en base64 | Stealth | T1027.010 Command Obfuscation |
| upd.dll téléchargée depuis le Web | Command and Control | T1105 Ingress Tool Transfer |
| DLL exécutée via rundll32.exe | Stealth | T1218.011 Rundll32 |
| Clé Run « OneDriveUpdate » | Persistence | T1547.001 Registry Run Keys / Startup Folder |
| Communication HTTPS régulière | Command and Control | T1071.001 Web Protocols |
| Mimikatz dumpe LSASS | Credential Access | T1003.001 LSASS Memory (logiciel S0002) |
| Connexion avec le compte admin du domaine volé | Privilege Escalation / Stealth | T1078 Valid Accounts (T1078.002 si le compte de domaine est confirmé) |
| RDP vers le serveur de fichiers | Lateral Movement | T1021.001 Remote Desktop Protocol |
| Partage Finance compressé avec 7-Zip | Collection | T1560.001 Archive via Utility |
| Archives envoyées vers un stockage cloud | Exfiltration | T1567.002 Exfiltration to Cloud Storage |
Remarquez ce qui ne figure pas dans le tableau : le domaine cdn-update[.]example, le nom du fichier et les hashs. Ce sont des IOC : ils vont dans vos flux et listes de blocage, pas dans le mapping ATT&CK. Le mapping décrit le comportement, c'est-à-dire ce qui subsiste quand l'attaquant change d'infrastructure.
5 Calques Navigator
L'ATT&CK Navigator est une application Web gratuite de MITRE (en ligne ou auto-hébergée) qui affiche la matrice et permet de colorer, noter et commenter les techniques. Chaque vue est un calque (layer), enregistré dans un petit fichier JSON que l'on peut partager, versionner dans Git ou générer par script.
Le calque ci-dessous met en évidence les techniques de l'exemple commenté (réduit à cinq entrées) :
{
"name": "Incident 2026-041 - phishing fausse facture",
"versions": {
"attack": "20",
"navigator": "5.3.2",
"layer": "4.5"
},
"domain": "enterprise-attack",
"description": "Techniques observées pendant l'incident 2026-041",
"techniques": [
{ "techniqueID": "T1566.001", "tactic": "initial-access", "score": 1, "comment": "Facture_4471.docm" },
{ "techniqueID": "T1059.001", "tactic": "execution", "score": 1, "comment": "PowerShell encodé lancé par la macro" },
{ "techniqueID": "T1547.001", "tactic": "persistence", "score": 1, "comment": "Valeur Run OneDriveUpdate" },
{ "techniqueID": "T1003.001", "tactic": "credential-access", "score": 1, "comment": "Mimikatz sur WKS-042" },
{ "techniqueID": "T1021.001", "tactic": "lateral-movement", "score": 1, "comment": "RDP vers FS-01" }
],
"gradient": {
"colors": ["#ffffff", "#20c997"],
"minValue": 0,
"maxValue": 1
}
}
Adaptez versions aux versions d'ATT&CK et du Navigator que vous utilisez réellement. Le champ tactic est facultatif : sans lui, la technique est mise en évidence dans toutes les colonnes où elle apparaît.
Profil de menace
Un calque par acteur qui cible votre secteur (score = fréquence de la technique dans les rapports).
Couverture de détection
Un calque généré à partir des tags ATT&CK de vos règles (score = nombre de règles testées).
Analyse d'écarts
Combinez les deux calques avec une expression de score comme a - b : il reste ce que vos adversaires utilisent et que vous ne détectez pas.
6 Cadres associés
MITRE D3FEND : le miroir défensif
Là où ATT&CK décrit l'attaque, D3FEND recense les techniques défensives et les relie aux techniques ATT&CK qu'elles contrent, via les artefacts numériques que les deux camps manipulent (un processus, un fichier, un flux réseau). Ses techniques ont des identifiants comme D3-AM (Access Modeling) et sont regroupées en sept tactiques :
En pratique : une fois un incident mappé sur ATT&CK, D3FEND aide à répondre à la question « quelles mesures auraient empêché, détecté ou contenu chaque étape ? ».
La pyramide de la douleur
Proposée par David Bianco en 2013, la Pyramid of Pain classe les indicateurs selon ce qu'il en coûte à l'attaquant quand les défenseurs les détectent et les bloquent. Elle explique pourquoi l'ingénierie de détection vise les TTP plutôt que les seuls hashs.
Essayez sur mlab.sh
Recherchez des acteurs malveillants et les indicateurs qui leur sont liés, puis entraînez-vous à mapper leur comportement sur les techniques ATT&CK.
Commencer l'analyse sur mlab.sh7 Erreurs fréquentes
Mapper l'outil au lieu du comportement
« PowerShell a été utilisé » ne suffit pas. PowerShell peut télécharger des fichiers, lancer des commandes de reconnaissance ou désactiver Defender : mappez ce qu'il a fait, et T1059.001 seulement quand l'interpréteur lui-même a servi à l'exécution.
Sur-mapper (deviner)
Ajouter « Discovery » parce que « l'attaquant a forcément exploré le réseau » relève de la spéculation. Ne mappez que ce que les preuves montrent ; notez les hypothèses à part.
Mauvais niveau de détail
S'arrêter à T1003 quand le rapport parle de « dump de LSASS » fait perdre de l'information. Inventer T1003.001 quand le rapport dit seulement « des identifiants ont été volés » ajoute une fausse précision.
Ignorer les versions
Les techniques sont renommées, fusionnées, dépréciées ou révoquées, et les tactiques évoluent (Defense Evasion est devenue Stealth + Defense Impairment en v19). Indiquez toujours la version d'ATT&CK utilisée pour un mapping.
« Une règle = technique couverte »
Une seule règle pour T1059.001 attrape quelques procédures, pas toute la technique. Une case verte dans le Navigator est une affirmation à vérifier par des tests, pas une garantie.
Viser 100 % de couverture
Beaucoup de techniques sont rares, sans rapport avec vos plateformes ou trop bruyantes pour être détectées seules. Priorisez celles qu'utilisent les acteurs qui vous ciblent réellement.
Pour aller plus loin
Transformez votre mapping en détections avec les règles Sigma (logs système), les règles Suricata/Snort (réseau) et les règles YARA (fichiers et mémoire), et partagez-le avec vos partenaires en STIX 2.1 sous forme d'objets attack-pattern.
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Source : mlab Academy — Plateforme de sensibilisation à la cybersécurité
URL : https://academy.mlab.sh/fr-FR/page/mitre-attack
Module : Comprendre MITRE ATT&CK — Ingénierie de détection
Avertissement : Ce contenu est à des fins de sensibilisation uniquement.